Pour le prix de l’Intelligence de la Main de la fondation Bettencourt Schueller

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Cette création est un geste artistique entre sculpture et ébénisterie. 

Mouvement élancé qui défie l’apesanteur, elle est inspirée de la forme d’un copeau de bois enroulé qui s’élève avec la légèreté d’une volute de fumée. Cet assemblage de différentes essences est né de la rencontre entre les techniques contemporaines et traditionnelles d’ébénisterie. Elle raconte l’itinéraire d’un jeune homme qui grâce au bois prend son envol.

Naissance de l’idée

Au fond de l’atelier, dans un placard, attendent de vieux outils. Des ciseaux à bois, des rabots, quelques produits qui ont servi pour des expériences sur des meubles, des copeaux, de la poussière, de la sciure ont formé, au fil du temps et des coups de varlopes, un manteau hors du temps.

Parmi ces habitants endormis, enfouie sous plusieurs idées délaissées, siège une petite boite grise qui veille patiemment. Elle attend son heure, fidèlement, elle attend le jour où elle délivrera ce qu’elle renferme.

Ce trésor qu’elle a su conserver n’est qu’une seconde, qu’un geste… ce précieux objet n’est qu’un petit copeau de hêtre, un petit copeau de mon être… Il représente l’aboutissement d’un long chemin de doutes et de combats, mais surtout il représente mon premier geste de futur ébéniste, ma naissance dans le métier du bois.

Dans le sifflement du fer affûté de mon rabot qui glisse sur le bois, des fines parcelles de temps se sont enroulées sur elles-mêmes. Puis, elles sont tombées à terre. Je faisais ainsi mes premiers copeaux de bois dans les murs de l’École Boule. Ramassant ces petits tortillons destinés à être balayés, mis à la poubelle ou brûlés, je les ai mis dans une boite vide qui était sur mon établi. Je n’imaginais pas l’émotion qu’ils me donneraient 5 ans après lorsque je les redécouvrirai dans un recoin de mon atelier dans leur écrin de fortune.

“Itinéraire” Parle de cette émotion que je ressens quand j’ouvre cette boite. Elle évoque ce temps où je me suis débattu pour rentrer dans les cases bien définies de la scolarité et de la société puis celui où j’ai pu trouver mon propre chemin, celui qui me mène à vous aujourd’hui, en passant par la période de transition qu’a été ma reconversion.

Les premières parties, le piétement, d’Itinéraire sont des mouvements inspirés de ceux des volutes de fumées ou de flammes. Les fibres du bois et les faces partent dans tous les sens, elles prennent forme sur une base en chêne sculpté lestée de plomb.

Ces volutes finissent par converger et s’enrouler entre elles. Sur ce corps qui s’affine, l’âme de la partie haute vient prendre son appui. La structure est constituée de feuilles d'acajou Sapelli qui semblent défier la gravité.

L’enveloppe d’Itinéraire est composée de placages d’Etimoe, un bois africain au vénage marqué. Brun chaud, il compose la partie extérieure de la réalisation ; Le Sycomore, ondé avec le blanc de son bois, vient illuminer l’intérieur de la composition. Un mélange de cire et d’huile vient protéger et révéler les dessins ainsi que la couleur du bois.

 

Dans quelle démarche créative cette œuvre s'inscrit-elle ? 

J’ai cherché par cette réalisation a exprimer ma passion pour le bois en jouant avec les courbes et les contre-courbes naturelles du bois. J’ai voulu pousser les limites physiques de torsion de la matière et mes limites techniques de placage sous vide pour exprimer l’émotion que je peux ressentir quand je conçois des histoires avec les fibres de bois tourmentées. Cette réalisation a exigé de mettre en œuvre toutes mes connaissances : du graphisme à la sculpture en passant par la marqueterie et l’ébénisterie. Par ce travail, j’ai voulu jouer sur les frontières entre artisan et artiste.   

 

Techniques mises en œuvre :

Placage sous vide d’air à la colle de poisson

Moulage sur matrice

Sculpture sur bois

Lestage au plomb

Marqueterie

Placage à la colle d’os et de nerf

Gravure Laser


Descriptions précises de ces techniques :

Placage sous vide d’air : 
Pour réaliser l’enroulement de placages de bois, j’ai collé 8 feuilles de placages (6 Sapelli, 1 Sycomore et 1 Etimoe) en croisant les fils du bois d’une feuille sur l’autre. J’ai choisi d’utiliser de la colle de poisson qui a un temps de prise très long. Cela est nécessaire pour la mise en place du collage. L’ensemble, monté sur le pied en chêne, est pressé sous vide d’air pendant 48 heures dans une poche sur-mesure réalisée pour cette création. Il faut ensuite laisser la colle durcir encore 24 heures sur la matrice en dehors de la poche.

Moulage sur matrice :

Le placage encollé est mis dans la poche. Il est ensuite enroulé sur des cylindres et dans des berceaux. Pour fixer le pied, des supports viennent le maintenir en place dans ce montage. Cette matrice est réalisée en médium. L’ensemble de ce montage réalisé avec la poche à vide d’air est ensuite maintenu grâce à des serre-joints et des sangles.

Sculpture sur bois :
Le pied de la sculpture est réalisé en chêne massif dégrossi au disque à sculpter, puis formé à la gouge, aux râpes et enfin aux rifloirs.

Lestage au plomb :
Pour assurer un bon équilibre de l’ensemble, j’ai réalisé une cavité dans le pied dans laquelle j’ai coulé du plomb. J’ai laissé des aspérités dans le trou afin que le métal soit bien fixé. Pour finir cette partie, j’ai collé une tranche de bois de bout de façon à masquer l’intervention.

Marqueterie :
Le placage du pied a demandé un travail de marqueterie réalisé avec une scie à chantourner. J’ai fabriqué des gabarits en papier cartonné avant de reporter les formes sur les paquets de découpes. Le paquet de découpes est un empilement de divers éléments au centre duquel se trouve la feuille qui sera plaquée, pour découper la marqueterie. L’empilement est constitué de placages d’Okoumé qui servent de pièces martyrs et de feuilles de papiers suiffés qui lubrifient la lame.

Placage à la colle d’os et de nerf :
La marqueterie du pied nécessite un ajustement réalisé directement sur la sculpture. J’ai donc collé le placage avec de la colle chaude qui est un mélange de colle d’os et de nerf chauffé au bain-marie (mélangé à raison de 2 volume de colle d’os pour 1 volume de colle de nerf). La colle est appliquée au pinceau puis le bois est plaqué au marteau à plaquer. Si nécessaire, le collage est repris au fer chaud.

 Gravure Laser :
Sur le piètement est gravé le nom de la création. Cette gravure et la découpe de la pièce de placage ont été réalisée en utilisant ma machine de découpe laser (Trotec Speedy 300).

Pour cette création, il m’a fallu faire plusieurs essais, notamment pour déterminer la résistance du placage et de la colle afin obtenir le mouvement que j’avais dessiné. Pour cela, j’ai passé en revue un grand nombre de colles. J’ai du fabriquer mes propres poches à vides car les poches existantes ne permettaient pas de réaliser l’enroulement que je souhaitais. Pour passer de la structure en chêne massif à celle en contre plaqué d’acajou, pour réussir la transition entre des mouvement en trois dimensions et un mouvement en deux dimensions, il a fallut imaginer comment arriver de manière harmonieuse à concilier la solidité et l'esthétique. En effet cette transition qui doit être résistante. C’est en effet ce qui porte toute la volute élancée ; c’est également ce qui lance le mouvement.